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Exposé des motifs

Lecteur te voici et logiquement tu penses : « Encore un blog?!? » Pour t'aider à décider s'il faut passer ton chemin ou t'attarder, en voici l'exposé des motifs:
 
Considérant que la France bleue n'était point pour nous
Considérant le monothéisme et le dogmatisme comme abjects
Considérant l'absolutisme comme insupportable et l'information univoque comme dangereusement fréquente
Considérant la critique comme le fondement de l'esprit et l'esprit comme seule expression de la liberté
Considérant qu'il y a des lendemains qui pleuvent et des matins qui chantent
Considérant que nous pouvions lever un petit coin de la nappe afin de montrer par l'absurde la disposition des couverts sur la table où nous sommes bons convives
Considérant que le bon vin ne peut pas tout, ni nos discussions enfumées aux heures avancées
Considérant que la fabrique du monde est la plus ludique et essentielle des activités
Considérant qu'en sus c'est bien ainsi que s'esquisse la météo
Considérant enfin l'onde Internet comme un moyen raisonnablement limité de diffuser des idées
 
Avons ainsi décidé de lancer ce blog, comme une bouteille à la mer que le hasard placera dans les filets des pêcheurs curieux et discoureurs, dans les épuisettes de ceux qui cherchent (bénis soient-ils!), dans les pieds des joggeurs pressés... Ils en feront ce qu'ils voudront, l'important, c'est qu'ils se posent la question!
 
Ce blog est tenu par trois individualités que les motifs exposés ont bien voulu réunir ; le hasard aussi qui leur donna l'occasion de se rencontrer et de nouer entre eux le genre de discussions que ces pages espèrent retracer : mettre en question les consensus, critiquer les dissensus, voilà la raison de cet essai. Fournir à chacun de l'information sous toutes ses formes: oeuvres d'art, poèmes, statistiques, graphiques, résumés et critiques de lectures, essais intellectualisants, actes de journalismes, équations...
L'ambition d'un tel projet en ferait flancher plus d'un! Tire-au-flancs comme pas deux, nous avons de suite décidé de te prévenir lecteur, ici nulle condition de régularité de parution, de politique rédactionnelle de nivellement par le bas ou par le haut... La vie nous emporte, les promesses et les projets plus vite encore.
Un dernier mot encore, lecteur. Tu nous pardonneras une certaine obsession pour la chose politique comme disait les barbares romains sur le forum, c'est l'expression d'une certaine similarité de nos parcours et de névroses partagées... Mais ça bien sûr, tu t'en rendras vite compte, ainsi que de nos différences qui sont à l'aune de nos convergences: gigantesques. Si cela a encore un sens, je te dirai que je sommes communiste, socialiste et modemiste, sans changer de veston ni tendre au consensualisme. Mais ce blog devient l'impossible mission, il est maintenant grand temps d'arrêter toute description préliminaire et de plonger de plain-pied dans sa réalisation!
 
 
 
 
Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /Juil /2007 14:10
 
Le point sur les nominations au sein du Ministère de l'Intérieur.
 
Dans la rubrique Sarkozy place ses hommes, je pioche l'Intérieur. Le Directeur général de la police nationale a été nommé: il se nomme Frédéric Péchenard et est réputé être un ami d'enfance de N. Sarkozy. L'ancien préfet des Hauts-de-Seine, Michel Delpuech, département que dirigeait notre Président jusqu'à son élection, a quant à lui été nommé directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie.
 
Source: L'hebdo des socialistes, n°449, samedi 2 juin 2007, p. 4.
Par Ludos
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Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /Juil /2007 14:03
 
« Cette dissolution n'a pas véritablement surpris l'opposition. Pourtant, le moins qu'on puisse dire, c'est que la bataille n'est pas gagnée. Le pouvoir tente aujourd'hui d'éviter le débat pour se remettre à nouveau en position de promesses. Il escamote son bilan, son programme et c'est tout juste s'il n'escamote pas son chef de guerre, le Premier ministre. La droite ne veut pas d'un débat d'élections, elle veut une opération de reconduction. Nous devons donc faire aux Français et aux Françaises des propositions précises et claires, prendre des engagements devant eux, proposer à nos concitoyens un contrat reposant sur le respect d'engagements précis. Si une campagne de petites phrases devait dominer l'élection législative, si elle devait se substituer au débat d'idées, à l'échange de propositions qui est nécessaire à la démocratie, les Français ne seraient pas mis en position de choisir. Et nous savons tous que si le scepticisme devait l'emporter, il servirait les conservateurs. »
 
extrait du discours de L. Jospin devant le Conseil national du Parti socialiste, le 2 mai 1997.

Source: L'hebdo des socialistes, n°449, samedi 2 juin 2007, p. 29.
Par Ludos
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Jeudi 5 juillet 2007 4 05 /07 /Juil /2007 14:43
 
Dans le même article1 dont est extrait la plaisante citation d'Alain Vidalies relevée par mon camarade Ludovic, Fanny Costes au joli patronyme fait un retour le rôle de l'opposition et les réussites des députés PS entre 2002 et 2007 dans cet exercice. N'en déplaise à l'aimable journaliste-militante, nous ferons deux remarques à l'encontre de cet article.
D'abord l'article est concentré, mais c'est la ligne éditorial de ce numéro de l'Hebdo des socialistes qui le veut, sur le travail et la mobilisation des membres du Parti socialiste lors de ce mouvement. Cette affirmation appelle quelques commentaires. Certes l'opposition a joué son rôle (cf. infra) mais sur le terrain, qui a assuré la réussite du mouvement? Combien de drapeaux PS avons-nous vus dans les cortèges? Qui s'est assuré de la réussite des blocages qui ont permis de maintenir la mobilisation inchangée? Bien sûr, des membres du PS y ont participé, mais dans ma fac, certains des membres du PS votaient et surtout plaidaient contre le blocage et ses fondements, sous prétexte que chacun doit être libre d'aller en cours ou pas. En l'occurrence, c'était jouer l'individu contre le bien-être du collectif, dont l'assemblée générale est l'expression. Dans les cortèges à Rennes je n'ai pas vu non plus nos militants PS, et s'ils étaient là, c'était sans pavois, et je le regrette profondément. Manifester, ce n'est pas une honte, surtout quand on se veut le principal parti de gauche en France.
Le deuxième point sur lequel je souhaitais revenir, c'est celui du travail de l'opposition parlementaire. Bien sûr les députés ont dans l'ensemble bien fait leur travail, mais il ne me semble pas qu'il faille considérer un recul du gouvernement sur le CPE comme une véritable victoire. La revendication du mouvement c'était d'ailleurs l'abrogation de la Loi égalité des chances et le retrait du CNE. Au soir du 12 avril, avec l'abrogation légale du CPE, une seule de ces batailles était gagnée... Il ne s'agit pas de s'en flatter: faire plier la droite, ce n'est pas la faire reculer. Les derniers évènements de la vie politique nationale l'ont prouvé je crois. 
1Fanny COSTES, « Le CPE: quand l'opposition fait échouer la droite », L'hebdo des socialistes, n°451, samedi 23 juin 2007, pp. 18-19.
Par Ludos
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Jeudi 5 juillet 2007 4 05 /07 /Juil /2007 14:37
 
Dans la rubrique citation du jour:
« Monsieur le Premier ministre, ce n'est pas parce que Monsieur Sarkozy ajoute chaque semaine une page au code pénal que vous devez chaque semaine déchirer une page du code du travail » 
Alain Vidalies, député des Landes, le 17 janvier 2006 à l'Assemblée nationale, s'adressant à D. De Villepin qui venait de proposer l'instauration du CPE.
Par Ludos
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Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 09:09
J’ai pris jadis beaucoup de plaisir à me croire anar.
Vraiment.
Pas vous ?
Menteurs !
Bon, peut-être pas mais peu importe de toute façon, puisque moi ça me bottait. Oh je rigole là, mais c’était sérieux tout ça.
J’y croirai même encore, ne serait-ce… Hopala, la fin viendra en son temps.
 
Donc j’étais anarchiste. Je vous dis tout de suite, chez moi ça ne voulait pas dire rebelle violent. Je suis depuis mon plus jeune âge doux comme un agneau, blablattant sans cesse et croyant aux valeurs du bavardage. Non, anarchiste je le suis devenu en lisant, en posant mes livres, en rêvant, en réfléchissant aussi un peu, accessoirement.
Je n’aime pas le monde de l’argent. Bien que pénétré de la ville par tous les pores, j’exècre le béton, physiquement autant que mentalement. Les entreprises, le travail, le boulot, ce sont des choses que je ne souhaiterais à personne. Et puis je n’aime guère la morale, je suis pas bien doué là-dedans.
Je pensais, je pense toujours parfois, que la solution se serait de retourner dans nos campagnes, vivre la vie réglée des tribus de nos aïeux mais dans un cadre moderne : liberté des valeurs, suppression des contraintes, du pouvoir, destruction du système productif. Au moins on boufferait, baiserait, boirait, roupillerait pénard. Sainement.
 
Hélas, trois fois hélas. Hélas Hélas Hélas ! Hélas pour moi, bien qu’anticapitaliste et antireligieux, j’ai rencontré d’autres anarchistes qui ont voulu m’apprendre mon anarchisme. Et là, les couilles ont commencé à s’empiler dans le pâté.
 
D’abord je ne pouvais être un anarchiste intégral puisque je soutenais les conceptions étatiques, ou du moins m’y résignais, faute de mieux. On est tellement nombreux que voulez-vous ? C’est pas avec 2m² de terre comme des chinois dans la plaine que je vais me faire à bouffer ! Faut dire que j’ai un autre défaut, je suis gourmand. Moi je pensais naïvement que l’Etat n’était pas parfait mais qu’avec des gens sains de corps et d’esprit on pourrait faire quelque chose. Quelle erreur ma parole, quelle erreur ! Kropotkine en faisait des flips dans sa tombe tellement j’étais abruti ! Du coup je suis devenu dans les yeux de mes camarades un être hybride, de cette sorte de demi anarchistes, de ridicules esclaves de l’Etat-Satan corrupteur. Brrr... 

Pour savoir qui avait raison, j’ai voulu lire. Bêtement, au lieu d’aller lire les grands auteurs[1], je me suis penché sur la prose de mes détracteurs et de leurs confrères. Voilà ce qu’on y lisait : il s’agissait de s’opposer sans relâche au capital, à la religion et à l’Etat ; inexorablement, comme la marée ou le cours du fleuve vers la mer, la révolution serait alors venue à nous. Ces gens aimaient beaucoup les images… ça me rappelait les paraboles du Christ. Et punis les crocs des chiens (les flics) qui nous font rôtir dans l’enfer (terrestre), l’apocalypse délivrante (la révolution) nous libérera marchant main dans la main.
Il semblait si plus facile de faire apparaître, par l’évidence illustratrice, les supposés bienfaits de l’anarchisme, plutôt que de se fatiguer à les démontrer... Amis anarchistes, quand on se veut prêtre de la vérité, autant ne pas se comporter en prophète.
 
On reprocherait facilement à ces gens leur platitude de commercial des témoins de Jéhovah, leur absence de gêne à nous prendre pour des imbéciles. Puisque la littérature anarchiste était « déjà [si] copieuse et riche en enseignements clairs, en thèses précises, en démonstrations lumineuses », qu’attendait-on donc pour nous en éclairer à notre tour ? On avait soif de savoir COMMENT « tous les hommes enfin débarrassés des chaînes dont la pesanteur écrasante paralyse leur marche, pourront enfin – sans dieu ni maître [Babe ?] et dans l’indépendance de leurs mouvements- se diriger, d’un pas accéléré et sûr, vers les destinées de bien-être et de liberté qui convertiront l’enfer terrestre en un séjour de félicité. »

Bon, alors juste comme ça, entre parenthèses et pour les curieux, nous allons faire un peu de théorie. Suppression de l’Etat, de la propriété privée et de la religion me rappellent énormément les philosophies politiques qui partent d’un état supposé originel[2] de l’homme, ou état de nature, et qui fondent leur théorie sur les raisons de la dégradation de cet état[3]. Hobbes et Rousseau, les deux principaux philosophes à s’être emparés du sujet estiment que c’est respectivement l’argent et la technique qui sont la cause de la fuite de ces « sociétés » premières idéales. Nos amis ont assez largement ignoré ou maintenu sous silence cet aspect. Nul ne nous apprend comment l’homme a quitté cet ancien état de nature que l’on se propose de lui faire retrouver. On n’espérera pas retrouver non plus de théorie de retour à ce mythe de l’Age d’Or, rien de récent du moins.
 
Mais c’est là, précisément à réfléchir à ce sujet précis que j’ai compris l’utopie profonde de l’anarchisme. En effet, le plus important et réellement le plus capital des éléments nécessaires à l’instauration durable d’une société anarchiste, c’est bien, paradoxalement, la conscience morale. Celle-là doit être tout à fait développée, influencer le moindre comportement de chacun. La morale revenant par là même quand l’anarchistus communis a enfin réussi, avec la religion, à la foutre dehors. Sans morale, sans vision du bien commun, sans profond respect d’autrui, de son travail, de sa vie, il ne peut y avoir de société anarchiste durable. Pas de société anarchiste si la morale n’existe pas, puisque la contrainte, le pouvoir, la force, toute cela a disparu avec l’ancien monde. Si la morale défaillait dans une telle société, qui ferait alors régner l’ordre défaillant ? Allons, puisqu’il nous faut continuer supposons que l’être humain puisse atteindre un tel degré de perfectionnement.
La société anarchiste est donc une société morale au plus haut point. Donc un véritable anarchiste se refusera toujours à inculquer des principes ou des valeurs à ses enfants. Où réside la liberté de l’enfant sinon ? Il faut alors supposer que chaque personne puisse acquérir seule, au cours de son existence, de son cheminement, certains principes moraux indispensables à l’élaboration d’une telle société : dans le sens du respect à autrui, d’un altruisme sur-abondant.
En théorie, supprimer les rapports de force au sein de la société devrait aussi modifier profondément la nature de tout homme. Pour ce faire l’anarchisme, lit-on, propose une révolution violente. Je vois à cela plusieurs objections, qui à mon humble avis, valent à l’anarchisme cette étiquette d’utopisme. Tout d’abord, les anarchistes proposent de détruire par la force, tous les faits et situations établies instaurant des rapports de force. A cela, je ne vois guère d’objection. Seulement le problème vient du fait que l’anarchisme semble croire que cela puisse suffire pour changer du jour au lendemain le comportement des hommes. Je ne le pense pas. Dès que la pression autoritaire se relâche un tant soit peu, nous sommes tous tentés d’abuser de cette situation. Autant dire que pour toute génération ayant grandi dans notre société, je ne vois donc pas de solution possible, du moins pas par l’anarchisme. Mais comment et quand grandirait alors cette génération transcendentalement morale qui ferait cette révolution si souhaitable ???
Enfin, je crains, et c’est un parti certes contestable, mais plus encore assez pessimiste, j’ai peur que même les enfants d’une société libre et sans rapports de violence institutionnalisés ne développent un jour en eux-mêmes cette violence qui mettrait fin à une société anarchiste[4].
Il y a beaucoup d’autres arguments que nous n’avons pas évoqué, comme le problème de la répartition des biens du monde, qui sont en nombre limité, malgré leur accroissement prodigieux[5] ; la question de la liberté, qui dans une telle société est sujette à une nouvelle appréhension (y a-t-il réellement liberté dans une société libertaire ? la réponse est plus fine que l’on ne croit…) ; le problème des générations ayant grandi dans nos sociétés (toutes exterminées ?) etc…
 
Hélas, encore hélas, je suis perdu, je ne crois plus à l’anarchisme militant. Perdu parce que l’anarchisme n’est plus qu’un rêve pour moi, une jolie utopie, que j’alimente aussi dans mon coin. Perdu ! Perdu ! Perdu à jamais puisque la seule idéologie ayant résistée au triomphe de la société libérale et capitaliste occidentale me refuse ses feux !
    
Dois-je écrire que pourtant je ne désespère pas et que la pensée d’un possible pardon (car « l’anarchisme n’est pas de ces doctrines qui emmurent la pensée et excommunient brutalement quiconque ne s’y soumet pas en tout et pour tout. ») est la seule pensée à laquelle je me raccroche du fond de ma nuit, en rêvant qu’un jour, mes frères, les anarchistes ultimes, voudront bien m’accueillir dans leurs bras, moi le demi-anarchiste qui croit en l’Etat ! Moi le fonctionnaire qui rêve éveillé de ce que nous ne connaîtrons pas.
A mon tour de confesser : j’ai eu tort de tirer sur les anars. On a souvent beaucoup plus besoin de rêves qu’on peut le croire. Penser l’idéal sert à penser le réel. L’un n’existe pas sans l’autre.

article paru dans Le Poing
journal du MJCF 35

[1] Ce qui au moins m’aurait appris quelque chose.
[2] Plus exactement c’est une fiction intellectuelle. Ca ne vise pas à décrire quoi que ce soit d’historique.
[3] A noter que l’Etat y tient un rôle majeur. Particulièrement chez Rousseau, pour lequel il n’y a de solution à cette dégradation que par l’Etat qui repose sur le contrat social de tous avec tous. 
[4] Ce n’est pas un argument, cela traduit une certaine désillusion au sujet de la nature de l’homme, désillusion peut-être complètement infondée.
[5] Une des causes pour Hobbes de l’apparition de la monnaie et de la fin de l’ « Age d’Or » de l’humanité.
Par Ludos
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